Voiture autonome accidents
Crédit Photo : TESLA

La voiture autonome pointée du doigt

Alors que le véhicule autonome est présenté comme une alternative écologique à la voiture thermique, un rapport du think tank La fabrique écologique vient démonter cette idée. Entre fantasme et réalité, où se situe la voiture autonome ?

Présent depuis les années 20 en tant que concept, le véhicule autonome fait miroiter tout un tas d’espoirs et notamment d’un point de vue écologique. Dernièrement, il a fait l’objet d’une étude attentive par le think tank La fabrique écologique, qui vient de publier un rapport sur la contribution de la voiture autonome dans la transition écologique d’ici 2050. On y apprend notamment que cette dernière serait plus impactante sur l’environnement que l’on pourrait le croire. Jill Madelenat, chargée d’étude à La Fabrique écologique et co-autrice du rapport, explique que « Nous sommes dans un moment où des solutions techniques parfois mal définies – telles que l’hydrogène, les biocarburants ou l’avion vert – envahissent le débat public. Or, ce flou laisse parfois à distance les questions qu’il faudrait se poser pour être en mesure de juger leur rôle dans la transition écologique ». Explications.

Que dit le rapport ?

Le rapport est basé sur une quarantaine d’études techniques et théoriques, ainsi qu’une dizaine d’entretiens avec des acteurs engagés dans la mise en œuvre du véhicule autonome. Il « recouvre en réalité cinq niveaux d’autonomie, les premiers (niveau 1 et 2) étant déjà largement diffusés dans le parc automobile et ne représentant qu’un prolongement de la voiture traditionnelle (assistance au freinage, au parking, etc.), les niveaux 4 et 5 (conduite autonome en toute condition, sur tout type d’espace) étant a contrario encore très immatures et loin de la mise en vente ». Le véhicule autonome est encore soumis à l’élaboration de sa définition juridique. La réglementation contraint, pour le moment, l’usage des véhicules autonomes de niveau 3.

Le rapport met en avant trois scénarios dans le développement du véhicule autonome :

  • Le développement des voitures autonomes individuelles dans la sphère privée ;
  • Une offre privée de mobilité autonome à l’aide de flottes de robots-taxis ;
  • Des navettes autonomes pour le transport collectif de passagers.

Les deux premiers seraient ceux qui présentent le plus de risques sur le plan environnemental car ils entraîneraient de nombreux effets rebond : déplacements en voiture plus attrayants, augmentation des distances parcourues, hausse de la production de véhicules high tech, circulation à vide… En effet, le fait de transformer les voitures en véritables salons roulants pourrait entraîner une hausse considérable des kilométrages parcourus, concurrençant ainsi les transports en commun sur les plus longs trajets.

Selon ce même rapport, “l’évolution de la consommation d’énergie du parc automobile pourrait ainsi aller d’une diminution par deux, jusqu’à une multiplication par trois ! » Le rapport pointe donc du doigt le véhicule autonome, quitte à en faire le scandale climatique du 21ème siècle.

La transition écologique remise en question

Un rapport qui met à mal certaines évidences

Première idée déconstruite dans ce rapport : véhicule autonome ne signifie pas forcément véhicule électrique. L’étude explique que si le véhicule autonome a effectivement été pensé à l’origine comme un véhicule électrique en raison du développement simultané de ces deux technologies, des incertitudes persistent encore concernant les motorisations et les énergies auxquelles ce dernier pourrait avoir recours. Le rapport met également en exergue le fait que la mobilité autonome n’est pas une réponse évidente à la mobilité collective. Pour le secteur des transports, cela se traduit par une décarbonation complète des déplacements. Cela signifie, pour la période 2015-2030, une réduction de 28 % des émissions de GES. Or, selon le CNRS et le rapport Idrac, le véhicule autonome ne deviendrait pas un mode de transport significatif avant 2030 ou 2040, voire 2050.

Par ailleurs, le rapport explique que « les bénéfices supposés du développement du véhicule autonome sont souvent liés à l’amélioration potentielle des performances énergétiques des véhicules.La conduite autonome est considérée comme plus économe. Elle serait d’une part plus fluide que la conduite humaine, et d’autre part le véhicule serait, lui, plus léger grâce à la diminution du nombre d’équipements nécessaires à la sécurité. Cependant, des arguments viennent contrebalancer ce raisonnement en faveur du développement du véhicule autonome. En effet, le rapport explique que le véhicule autonome pourrait être plus gourmand en consommation du fait de l’installation d’équipements de confort, de travail ou de loisirs qui, à l’inverse, augmenteraient le poids du véhicule.

Des conséquences écologiques potentiellement désastreuses

Aux arguments cités ci-dessus s’ajoute l’impact énergétique lié aux émissions de CO2 engendrées par la production, l’installation et la maintenance, le renouvellement ou encore la gestion des déchets du matériel et des infrastructures nécessaires au fonctionnement des voitures autonomes, mais aussi à la masse importante de données qui seront échangées entre les véhicules (jusqu’à 1 Go par seconde par véhicule connecté). Enfin, il y a aussi un argument économique. Les investissements pour développer la voiture autonome pourraient nuire au développement de mobilités « plus douces et plus inclusives ».

Autrement dit, le rapport estime que l’augmentation de la consommation énergétique serait plus probable et plus forte en valeur absolue que la réduction de cette consommation. Christophe Gay, co-directeur du Forum Vies Mobiles, se demande s’il ne faudrait pas, au contraire, développer sans plus attendre un système de mobilité plus sobre. “Un système composé de véhicules légers ou low tech, facilement réparables et recyclables, consommant moins de matériaux, nécessitant moins d’infrastructures lourdes en synergie avec les modes actifs et les transports collectifs. »

Le gouvernement en marche vers le véhicule autonome

Le rapport souligne que « la course au véhicule autonome est avant tout une compétition entre nations. Il s’agit avant tout de devenir leader d’une technologie qui apparaît comme un moyen de donner un second souffle aux industries automobiles nationales et de renforcer leur hégémonie sur de nombreux marchés. » De l’autre côté de l’Atlantique, Tesla promet la conduite automatisée de ses véhicules dans les mois à venir. En Chine, Geely, un constructeur, s’est associé à un géant du web pour développer des véhicules sans chauffeur. En France, le gouvernement entend bien s’impliquer dans cette innovation technologique qui pourrait être l’avenir, entre autres, de la mobilité collective. Selon lui, le véhicule autonome est une « opportunité » pour des mobilités « plus propres et plus solidaires ». En ce sens, le ministre des Transports et de l’Industrie a présenté, en décembre 2020, une feuille de route pour 2020-2022 avec une trentaine d’actions visant à favoriser le développement du véhicule autonome, et ainsi « faire de la France le lieu privilégié pour le déploiement de services de mobilité routière automatisés entre 2022 et 2025 en Europe».

Le président de la Fabrique écologique explique que « l’objectif n’est pas d’être pour ou contre cette technologie, mais de développer les meilleures solutions correspondant à un vrai besoin et compatibles avec la lutte contre le changement climatique et la nécessaire transition écologique ».

 

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Un commentaire pour “La voiture autonome pointée du doigt

  1. Quelle gageure le véhicule autonome.
    Cela ne corresponds à aucun besoin. Si c’est pour des handicapés, il vaut mieux proposer de les conduire ça fera un business positif. Si c’est pour lire le journal en faisant des kilomètres allongés à l’arrière du véhicule c’est absurde.
    1Go par seconde de data échangées avec les serveurs, des dizaines de radars embarqués, des centaines de capteurs . Pour quelle utilité si ce n’est la Techno pour la Techno. Je ne parle pas du coût et des risques potentiels dans l’environnement routier. Il y a des besoins plus urgents. Désolé je n’accepte pas que l’on dépense toute cette énergie pour rien.

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